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Sexualité et familles recomposées

filiatio_9-083La sexualité des couples de familles recomposées pose des questions physiques et symboliques spécifiques. Nathalie Mayor, sexologue, analyse pour Filiatio les enjeux de ces nouvelles relations.

« Valérie s’ennuyait dans les bras de Nicolas… mais Nicolas, celui-là ne le savait pas. Les histoires d’a-, les histoires d’amour finissent mal… en général ! » chantaient les très clairvoyants Rita Mitsouko au milieu des années 1980 (et nous reprenions le refrain en choeur). Nous ne croyions pas si bien chanter. En effet, un mariage sur deux en France se termine par un divorce aujourd’hui et en Belgique, championne toute catégorie pour l’Union Européenne, on arrive à un rapport de trois divorces pour quatre mariages ! Pourtant, si la majorité des belges a connu au moins un échec amoureux dans sa vie, la plupart d’entre nous choisissent de retenter l’aventure avec un autre partenaire. Sommes-nous masochistes ou avons-nous envie de croire à nouveau au bonheur à deux ?

Une sexualité plus fréquente, plus motivée, plus inventive et plus amoureuse

Généralement, dans un couple de longue durée, une certaine monotonie s’installe et l’appétit sexuel diminue. Lorsqu’un nouveau couple se crée, il y a un regain d’énergie qui se traduit par une sexualité plus fréquente. Selon l’enquête IPSOS de la sexologue Marie-Hélène Colson, les couples recomposés ont des rapports sexuels plus fréquents que les autres couples. Cette différence est encore plus frappante chez les couples âgés et chez les plus de 70 ans : ils ont deux fois plus de rapports que les couples de longue durée. Certains n’hésitent pas à parler d’une « deuxième jeunesse sexuelle » qui tient compte des expériences passées, du cheminement sexuel de chacun, d’un savoir-faire érotique, d’une meilleure connaissance de son corps et de ses attentes, d’une plus grande franchise. Plus à l’aise et plus expérimentés, ces nouveaux couples ont des rapports plus inventifs, plus ludiques, plus amoureux. Ils accordent davantage d’importance au plaisir de l’autre et aux préliminaires.

Quand le couple ne va plus

Dans le schéma classique, deux personnes tombent amoureuses, s’installent ensemble, mènent à bien des projets à deux : ce n’est qu’ensuite qu’ils deviennent parents. On peut vraiment dire qu’il y a une vie à deux avant l’arrivée des enfants, ce qui n’est pas le cas pour les couples de familles recomposées. On se retrouve parfois du jour au lendemain à quatre, cinq, six, sept. On passe de la sportive au monospace… voire au minibus. Ce ne sont pas seulement deux personnes qui vont se lier mais deux univers, peuplés d’enfants, d’un ou plusieurs ex, d’un mode de vie et d’habitudes, d’amis, de belles-familles, d’un passé conjugal, de blessures d’amour… Et c’est là que le bât blesse.

Nombreux sont les points de discorde : des divergences sur l’éducation (chacun reproche à l’autre sa façon d’élever ses enfants et veut imposer sa méthode) à l’absence de projets par peur de l’engagement (chat échaudé craint l’eau froide), en passant par la jalousie de l’un par rapport à la vie antérieure de l’autre ou au temps passé avec ses enfants… Il faut également prendre en compte l’absence d’intimité générée par la présence physique et inévitable de bambins avec lesquels il faut composer (« ils dorment à côté », « ils sont tout le temps là », « il ne sait pas dormir tout seul », « elle est tout le temps collée à son père » : bien sûr, puisque ce sont les enfants !).

Autres possibilités de tensions : la difficulté de s’imposer face à l’ex toujours considéré(e) comme légitime (pour la belle-famille, les enseignants,…), les casseroles de l’ancienne relation : pension alimentaire, enjeux de garde des enfants… Comment continuer à admirer et désirer sexuellement l’homme fort et sûr de lui dont on est amoureuse quand on le voit se faire écraser symboliquement par son ex ? On le sait, les conflits minent l’harmonie de la relation amoureuse quand ils ne mènent pas tout simplement à une nouvelle rupture. Si la communication dans le couple est défaillante, il vaut mieux se faire aider par un(e) professionnel(le) : sexologue, thérapeute conjugal, médiateur familial… En attendant, voici quelques pistes : préservez l’intimité de votre couple en interdisant l’accès à la chambre parentale, en vous réservant des moments à deux sans culpabiliser. En effet, certains parents se sentent coupables de la souffrance que la séparation a causée à leurs enfants et postposent leur vie de couple à plus tard, « quand ils seront partis », comme s’ils avaient une dette à payer. Sans être exclus de cette histoire, il est important que les enfants ressentent la solidité du couple. Cela leur permet de rester à leur place d’enfant, tout simplement.

Des dysfonctionnements sexuels

Perte de désir, troubles de l’érection et/ou de l’éjaculation, anorgasmie, douleurs, etc. : ces manifestations peuvent être le révélateur de la mésentente conjugale, mais également de problèmes psychologiques personnels (« je n’arrive pas à m’abandonner après avoir vécu avec un manipulateur »…) et d’estime de soi (« je ne suis plus aussi beau que lorsque j’avais vingt ans de moins »). Les dysfonctionnements sexuels peuvent aussi être liés au vieillissement : ménopause, sécheresse vaginale, libido plus paresseuse, difficultés érectiles et / ou éjaculatoire… À ces troubles, les laboratoires pharmaceutiques, flairant le marché porteur, ont développé une panoplie de produits pour permettre aux couples, même âgés, de vivre leur sexualité comme ils l’entendent et c’est très bien ! Cependant, la médication n’est pas la seule et unique ressource pour pallier les troubles sexuels, il y a bien sûr d’autres réponses. À chaque problème, sa solution ! Pour Monsieur Van de Piperseele, opéré d’un cancer de la prostate, un implant pénien sera peut-être la seule solution : mais son voisin, Monsieur Barbidur, ne résoudra ses problèmes éjaculatoires qu’avec une thérapie sexo-corporelle et un travail sur lui. Les couples recomposés se retrouvent donc avec des problèmes qu’on ne rencontre pas dans les premières relations. Leur chemin est parsemé d’embûches… et pourtant ! Bien placés pour savoir que le couple d’aujourd’hui est précaire, ils s’inquiètent plus encore de l’avenir. C’est peut-être l’une des raisons qui les poussent à consulter un spécialiste plus souvent et plus facilement que les autres couples…

Nathalie Mayor
Sexologue clinicienne
Certificat Universitaire en Sexologie Clinique – ULB
nathalie.mayor@santesexuelle.be

Si vous voulez vous adresser à un(e) sexologue, rendez-vous sur le site de SSUB qui regroupe les sexologues universitaires de Belgique : www.ssub.be

Article paru dans Filiatio n°9 – mars / avril 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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