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Souvent libido varie… devant la tâche !

Si la presse m’était contée

David, qui aime bien l’imparfait du subjonctif, traque les stéréotypes véhiculés par les médias. Ambiance mare aux Canards.

Telle Alice chutant dans le miroir, il faudrait lorsqu’on s’attelle à certaines lectures de la Presse traverser les frontières de la dérision pour mieux retourner à la quintessence de ses sources. Si nous nous fiions aveuglément à l’AFP nous apprendrions en ce mois de février que de très sérieuses études de sociologues américains s’intéressent aujourd’hui à l’impact des tâches ménagères sur la sexualité des hommes. Et que les résultats sont chiffrés. Et à l’instar des réactions de nombreuses femmes, nous constaterions qu’il est curieux que ne soient pas étudiées les conséquences qu’a sur leur sexualité à elles le legs des obligations domestiques du traditionnel schéma des rapports hommes-femmes. Car comme le rappellent quelques-unes, il n’a jamais été question pour elles de marquer le coup de fatigue au lit. Il eût été perçu comme un putsch. Pour être sans tache, l’exemplaire femme a longtemps dû – et cela perdure trop souvent – passer sans rechigner des tâches domestiques aux preuves d’attachement amoureux. Rien de nouveau sous la grisaille de cet hiver si ce n’est que des organes de presse se mettent soudain à titrer que faire le ménage entame la sexualité des hommes. Si, bien qu’il soit tentant de prendre un raccourci et de disserter à partir du seul titre, nous parvenions à nous demander en quoi cela est un problème et pour qui, nous découvririons que cette façon de faire la lumière sur une étude recèle une iniquité. En effet, assumer tant le labeur ancillaire que le « devoir conjugal » a de tous temps été le lot des femmes. Or, cette manière de mettre l’information en scène les oblitère totalement et laisse à penser que l’étude ne s’est pas intéressée au sort de leur énergie sexuelle. Ce qui est inexact. L’étude « Égalitarisme, travail ménager et fréquence des rapports sexuels dans le mariage » menée par l’université de Washington fut rigoureuse et s’est penchée sans discrimination de sexe sur bien plus d’aspects que ce que la Presse ne nous rapporte. Basée sur un questionnaire rempli par 7 002 personnes, l’étude conclut en effet que les hommes ne doivent pas jeter le produit vaisselle avec l’eau du bain : « Refuser de participer aux tâches ménagères provoque des conflits dans le couple et l’insatisfaction des épouses », insatisfaction elle-même liée à l’activité sexuelle. Malheureusement la réduction par les médias de l’angle d’ouverture scientifique initial est tel qu’il devient pratiquement un angle d’hébétude pour le lecteur.

En prenant du recul, il est légitime de s’interroger tant sur les fondements logiques que sur les visées présidant cette manière d’informer. De fait, hormis justifier la disparité des tâches ménagères et renforcer leur répartition en fonction des sexes, il est malaisé de percevoir en quoi elle est édifiante dans l’établissement d’une égalité entre femmes et hommes dans la société actuelle.

David Besschops

Article paru dans Filiatio n°9 – mars / avril 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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