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Trio parental

Sadie, Kay et Kate sont les heureux co-parents d’une petite fille de trois ans. Tous trois activistes de la communauté “queer” berlinoise, ils mènent leur projet familial à rebours des stéréotypes de genre.

– « Qui êtes-vous par rapport au bébé ? »
– « Je suis la co-parente. »
– « Ah, vous êtes la co-maman, parfait. »
– « Non, il y a une autre personne. »
– « Le père biologique ? »
– « Non, c’est un autre co-parent. »
– « Non, ça ce n’est pas possible, soit c’est un papa et une maman, soit c’est deux mamans. Il n’y a pas d’autre combinaison possible. »

Le dialogue que rapporte Kate a eu lieu dans un hôpital berlinois peu après que Sadie a donné naissance à leur fille. Elle est bien consciente que la constellation parentale qu’elle forme avec Sadie et Kay peut en dérouter plus d’un. « Il faut vraiment prendre le temps d’expliquer notre situation aux gens pour qu’ils comprennent », dit Kate. Mais ces situations cocasses ont été plutôt rares jusqu’à présent : « C’est parce que Berlin est une ville ouverte d’esprit », affirme Kay. Sadie ajoute que dans la crèche où est inscrite leur fille, il y a une telle diversité de situations familiales, de nationalités et de cultures que leur famille passe presque inaperçue. Lors des réunions parentales, Kay tient d’ailleurs toujours à préciser qu’il n’est pas le père biologique de l’enfant, « pour éviter que les gens ne fassent une différence entre moi et Kate ».

Tous trois se sont rencontrés il y a quelques années au sein de la scène artistique queer, entre San Francisco et Berlin. Tous trois ont la trentaine, sont artistes et ont fait de la sexualité leur champ d’exploration artistique et leur gagne-pain. Ils ont également en commun de ne pas se reconnaître dans les stéréotypes liés au genre. Kay est trans et a décidé d’incarner une figure masculine vis-à-vis de sa fille, qui l’appelle « Papa ». Kate a décidé de se faire appeler « Dada », le surnom que donnent les enfants à leur « Daddy » aux États-Unis, plus inspirée par son père que par sa mère dans sa manière de concevoir la parentalité, tandis que Sadie est « Mama ».

Kay et Sadie ont autrefois formé un couple. C’est à cette époque que Sadie, qui désirait avoir un bébé depuis plusieurs années, a pris la décision de devenir enceinte en ayant recours à un don de sperme, et a proposé à Kay d’élever l’enfant avec elle. « Je voulais m’impliquer mais pas si nous étions seulement à deux avec l’enfant », explique Kay, qui craignait de se sentir trop à l’étroit en reproduisant un modèle familial traditionnel. C’est à ce momentlà que leur amie Kate a rejoint leur projet parental.

Tous trois vivent séparément et leur fille habite principalement chez Sadie. Lorsque que Kay et Kate, qui voyagent beaucoup dans le cadre de leur travail, sont à Berlin, leur fille passe au moins un soir par semaine chez chacun de ses deux autres co-parents. « Je trouve que notre famille fonctionne de la même façon que la plupart des familles divorcées, parce que nous ne vivons pas ensemble et parce qu’il n’y pas beaucoup de moments où nous sommes tous ensemble », estime Sadie. Les difficultés qu’ils rencontrent ? Effectivement les mêmes que celles d’une famille divorcée : des emplois du temps souvent difficiles à accorder et des vues qui divergent parfois : « Je sais qu’elle mange plus de sucre que je ne le souhaite quand elle est chez Kay », s’amuse Sadie. « Mais je sais que ça fait partie de la culture française de manger des croissants et des tartines au petit-déjeuner ! ». Seule ombre au tableau : le fait que Kay et Kate n’aient aucun droit sur leur fille au regard de la loi allemande, si jamais il arrivait quelque chose à Sadie, ou si elle décidait de rentrer aux États-Unis sans leur consentement. « Si nous n’avions pas confiance les uns en les autres, notre famille ne pourrait pas fonctionner, mais il y a bien sûr une part de moi qui a peur », confie Kay.

À lire

L’étude menée par la sociologue Annick Faniel sur les familles homoparentales en Belgique, intitulée « Homoparentalités. Entre hétéronormisme et nouvelles formes familiales » a été publiée en 2012 sous l’égide du Centre d’expertise et de ressources pour l’enfance.

À consulter sur : www.cere-asbl.be

Dossier préparé par Annabelle Georgen

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Article paru dans Filiatio #24 – mai/juin 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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Un commentaire à “Trio parental”

  1. Vertecampagne | 19/08/2016 à 18 h 56 min

    Ce genre de famille existe aussi en FRANCE ou je vis.Mais on ne le dit jamais.IL Y EN A DE PLUS EN PLUS. Malgré les manifs… »pour tous » et une certaine homophobie d’état.Mais chuuut je devrais pas le dire, surtout que je vis à la campagne…OU CA DEVIENT AUSSI OUVERT Q’EN VILLE.

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