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Un certain genre d’égalité

La France s’écharpe sur la « théorie du genre » – qui n’existe pas, répètent inlassablement les spécialistes (mais qui les écoute ?). Alors, on s’interroge. Est-il indispensable d’enseigner aux enfants que les femmes ne sont pas biologiquement programmées pour repasser des chemises ? L’égalité entre hommes et femmes n’est-elle pas presque acquise ?

Non. En réalité, elle n’est même pas balbutiante. Pourquoi ? Parce que les femmes sont rarement cheffes d’entreprise ? Parce que leurs salaires restent inférieurs à ceux des hommes ? Parce qu’elles subissent quotidiennement des insultes et des viols pour des jupes « trop courtes »? Oui, bien sûr. Mais surtout : parce que l’égalité se construit à sens unique. Les droits traditionnels des hommes (porter un pantalon, voter, gagner de l’argent, gouverner) sont de plus en plus accordés aux femmes, alors que les devoirs traditionnels des femmes (porter une robe, pouponner, nettoyer, éduquer) restent très largement laissés aux femmes. Pour une seule excellente raison : ces « devoirs » restent totalement dévalorisés.

Pour favoriser le travail des femmes (comprenez : une fonction assumée dans la sphère publique, contre rémunération, sous les ordres d’un chef), on réclame des crèches et on réinvente la domesticité. Sous couvert, donc, de libérer certaines femmes, on abandonne à d’autres femmes – sous-payées – les trois missions indispensables à la survie de toute communauté : nourrir, soigner, éduquer. Comble de la perversion : si ces femmes mal payées et déconsidérées continuent néanmoins d’assurer ces missions, c’est probablement parce que ce n’est qu’en les assurant pour les autres qu’elles bénéficient d’un minimum de considération. Les assumer dans leur propre maison, auprès de leur propres enfants, ne leur vaudrait en effet que regards dubitatifs, soupçons de paresse et accusations de « vivre aux crochets » de la société ou de leur conjoint. OUI donc, à l’enseignement de la notion de genre à l’école – si cela signifie « lutte contre TOUS les stéréotypes genrés ». L’égalité connaîtra ses premières heures quand on trouvera nécessaire que les garçons (et pas seulement les homos) aient droit aux tissus colorés et fleuris, s’intéressent aux émotions, et espèrent devenir père à temps plein et homme au foyer. Sans doute pourront-ils l’envisager le jour où des adultes – hommes et femmes – oseront dire que nettoyer la maison, s’occuper des personnes âgées, apprendre la propreté et la lecture aux enfants, c’est beaucoup plus important et épanouissant qu’accumuler de l’argent, du pouvoir et du prestige.

Céline Lambeau

Article paru dans Filiatio #13 / mars – avril 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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