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Une deuxième maman privée de droits sur son fils

0024_FILIATIO_Mai_2016-045Frédérique (*), 51 ans, employée de bureau à Bruxelles, mère d’un fils de 14 ans dont elle s’occupe en garde alternée.

« Vu ma façon de vivre, je pensais ne jamais avoir d’enfant. Je suis de l’ancienne école (rires), donc je m’étais fait une raison. Je me voyais plus marraine que maman, c’est-à-dire m’occuper des enfants des autres et être un soutien pour toutes les mamans. C’est une rencontre féminine qui m’a mise en confiance et je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». Avant de faire un enfant, j’ai averti tout le monde. J’ai autour de moi une famille de coeur, et donc mes meilleurs amis, mes amis et ma famille proche ont été informés du projet avant de l’entamer. J’avais besoin d’entendre leurs griefs éventuels et ce qu’ils pensaient de ce projet, pour que ma compagne et moi ne nous sentions pas isolées, pour que l’enfant soit bien accepté. Ce n’était pas courant de faire un enfant comme ça à ce moment-là. Les réactions dans ma famille de coeur ont été superbes, mais pour mes soeurs – mes parents sont décédés depuis longtemps – c’était plus compliqué, elles avaient du mal à imaginer être les tantes d’un enfant conçu de cette façon, sauf si à la rigueur c’était moi qui le portais, je pense, même si cela a rapidement bien évolué.

Moi, je me voyais mieux en seconde maman et je trouvais ça plus juste pour le lien fraternel, que ce soit ma compagne qui porte l’enfant vu qu’elle avait déjà une petite fille de deux ans. Mais ma compagne a réussi à m’influencer parce qu’elle désirait un petit bout qui soit de moi. On a d’abord essayé sur moi à l’hôpital. J’étais persuadée que ça ne marcherait pas et ce fut le cas. On a continué notre chemin et un donneur s’est proposé autour de nous, donc on a arrêté d’aller à l’hôpital et on l’a fait artisanalement, à la maison. Le donneur a éjaculé proprement dans un petit gobelet, nous avons mis son sperme dans une seringue et j’ai déposé tout ça dans le corps de ma compagne de l’époque, qui est tombée enceinte.

On a commencé à vivre notre vie de couple avec le nouveau-né mais malheureusement, neuf mois après sa naissance, une jupe est passée dans ma vie, comme dirait Cyrano, et je suis tombée amoureuse de quelqu’un d’autre. Je ne pensais pas du tout rompre cette relation mais c’est ce qui a fini par se passer, et nous avons commencé une garde alternée avec l’enfant. Je dépendais de la bonne volonté de la maman, puisqu’officiellement tout était à son nom. Elle a pris sur elle et elle accepté ce processus avec beaucoup de courage, d’autant plus que ma belle-fille, qui avait alors sept ans, a elle aussi désiré venir chez moi une semaine sur deux. J’ai compris au fil des années que, pour notre fils, sa référence, c’était sa soeur plus que ses mamans, alors qu’il nous adore, parce que sa soeur était tout le temps avec
lui, qu’il soit chez Maman ou chez Mamoon.

0024_FILIATIO_Mai_2016-043L’an dernier, quand la loi sur la reconnaissance de la deuxième maman a été adoptée en Belgique, j’étais enchantée. Quand j’ai dit au petit qu’il était peut-être possible que je lui donne mon nom et que je le reconnaisse, il est tombé en larmes d’amour dans mes bras. À mon grand désespoir, la maman n’a plus voulu. J’étais dans l’incompréhension totale et depuis elle me fuit un peu. J’ai d’ailleurs un peu de mal avec le petit maintenant, qui suit la décision de sa maman. Il y a quelque chose de cassé. Mais je lui ai rappelé récemment qu’il était aussi mon fils, que sans moi il ne serait pas là puisque, comme il le sait depuis le début, c’est moi qui ai choisi le donneur. Ça lui a fait du bien, son comportement a changé. Je pourrais aller devant la justice, mais la relation que j’ai avec mon ex-compagne est basée sur la confiance, et je trouve que c’est un si beau cadeau qu’elle ait accepté que les enfants viennent chez moi une semaine sur deux pendant toutes ces années que c’est ma manière à moi de lui être reconnaissante de ne pas m’opposer à sa décision. Si elle décédait, ce serait la catastrophe, je ne suis pas naïve. Mais là, je serais prête à me battre. »

Dossier préparé par Annabelle Georgen

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Article paru dans Filiatio #24 – mai/juin 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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