Home » Ailleurs » Une loi qui bute sur le genre

Une loi qui bute sur le genre

Il y a peu, dans la capitale du Mexique, au District Fédéral, est entrée en vigueur une loi résultant de la récente réforme du code civil, qui définit l’aliénation parentale comme une violence familiale au même titre que les sévices, corporels ou psychologiques. Cette loi stipule que le parent reconnu coupable d’aliénation parentale perdra l’autorité parentale sur l’enfant et n’aura plus aucun contact avec celui-ci, pas même un droit de visite. En plus de cela, tout parent reconnu responsable d’empêcher ou de mettre en péril la relation entre son enfant et l’autre géniteur sera passible d’une peine de six mois à six ans de prison. Une peine qui correspond aux sanctions punissant les délits considérés comme des violences familiales. Une des particularités de cette loi est qu’elle prend le contrepied de l’aliénation parentale en redistribuant l’hébergement de telle manière qu’il soit inverse à celui auquel prétendait le parent aliénant. Autrement dit, dans un souci de réparation des liens entre l’enfant et le parent discrédité, la garde du mineur sera totalement confiée à ce dernier. Le hic de l’élaboration de cette loi, c’est qu’elle stipule que si l’enfant victime d’aliénation parentale « est trop jeune pour être confié à l’autre parent », il sera remis à un tuteur désigné par la justice. Une formulation qui n’a de cesse de surprendre et, surtout, d’inquiéter. En effet, quel serait cet âge de la vie d’un enfant où il serait plus adéquat pour lui qu’il se trouve entre des mains autres que celles d’un de ses parents alors qu’il vient d’être « légitimement » privé de l’autre par un tribunal ? Il y a de quoi, comme on dit platement, en rester paf. À moins que cela ne signifie que, dans le cas où une mère serait condamnée pour aliénation parentale, le bébé soit remis à une autre femme de la famille ou à une nourrice travaillant pour un organisme gouvernemental ? Dans ce cas, cette loi, plutôt que de veiller à une équité parentale au profit de l’enfant, ne pérenniserait-elle pas des stéréotypes et une discrimination de genres sous-tendus par l’idée qu’il est un âge où un enfant ne peut être confié qu’aux soins d’une femme ? Qui que soit cette femme, même si ce n’est pas sa mère, plutôt qu’à un homme, même si c’est son père ? Sauf si, et je l’espère, il est une autre façon d’interpréter la formulation spécieuse énoncée plus haut. Enfin, qui sait s’il faut se réjouir – excepté du fait que l’aliénation parentale soit considérée comme un délit – ou s’affoler d’avoir à se dire qu’entre deux maux il faut choisir le moindre… Existe-t-il vraiment, dans l’affaire qui nous intéresse, un moindre mal ?

David Besschops

Article paru dans Filiatio #23 – mars/avril 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

Je commente (0) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html