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Une mine extraordinaire !

Filiatio#22-025Chloé Bauraind est psychologue au sein de l’ASBL Fun-en-Bulle (1), dont les principaux objectifs consistent à promouvoir et à organiser une aide éducative et thérapeutique aux enfants et adolescents atteints de troubles du spectre autistique, de retards de développement et de troubles psycho-affectifs tout en apportant un soutien à leur famille.

FILIATIO : Les reconfigurations structurelles des familles d’aujourd’hui représentent-elles un facteur handicapant pour l’évolution des enfants « atypiques » ?

Cela dépend de la recomposition familiale. Il est évident que le parent d’un enfant atypique sera plus enclin à aller vers un(e) partenaire qui acceptera d’abord le fait d’avoir un enfant mais en plus que cet enfant soit « hors norme ». Il y a donc là un critère qui écarte d’emblée certains partenaires. En effet, un tel enfant va demander qu’on lui consacre beaucoup plus de temps qu’un autre puisqu’il nécessite une prise en charge particulière.

FILIATIO : Existe-t-il des structures « favorisantes » ?

Ce que j’ai pu remarquer, c’est qu’un parent mobilisé et mobilisateur est un facteur d’évolution très important pour l’enfant. Dans une famille, l’implication des autres membres va évidemment déterminer une grande part de la vie de cet enfant. La manière dont cette famille remettra en question ses représentations des enfants jouera aussi un grand rôle dans le développement de l’enfant atypique.

FILIATIO : Comment réévaluer la notion d’ « évolution » quand on se trouve face à un enfant « atypique » ?

Les objectifs visés en ce qui le concerne sont-ils d’intégration sociale ou sont-ils en rapport direct avec cet enfant-là dans toute sa singularité ? À son échelle, autrement dit ?

Nos objectifs consistent à amener ces enfants à acquérir des compétences relationnelles et communicationnelles. Acquérir est peut-être un verbe à nuancer. Il s’agit surtout de créer des contextes dans lesquels ces compétences pourront survenir, être identifiées et reconnues. Quand j’entends dire qu’il est difficile d’être en relation avec un enfant autiste, je ne peux m’empêcher de penser à cette scène au cours de laquelle deux autistes déployaient des trésors d’ingéniosité pour éviter de se toucher dans un espace restreint. Ce qui est important pour nous, c’est que cet enfant trouve du plaisir dans les activités proposées et, surtout, qu’il découvre la joie. Ce qui remet également du plaisir et de la joie dans sa famille. Un facteur constructif pour encourager les parents à explorer l’univers de leur enfant. Pour ceux qui les amèneront à s’exprimer, ça signifiera la découverte d’une mine extraordinaire ! (2)

FILIATIO : Comment amener les parents à assouplir leur rapport à la norme en vue de mieux les aider à accepter un enfant qui n’entre pas dans les catégorisations habituelles ?

La plus grande souffrance pour un parent est ce qu’il va considérer comme l’anormalité de l’enfant. Une démarche porteuse est de travailler avec eux sur les croyances et les convictions qu’ils ont par rapport à leur enfant. Au cours de ce processus, ils se rendent souvent compte que ce sont leurs propres peurs et les projections qu’ils faisaient pour l’enfant qui leur posent problème, et non l’enfant en lui-même. Quant aux étiquettes qui peuvent sembler de prime abord lourdes à porter, elles sont réversibles. Car si elles sont pour certains synonymes de condamnation, elles indiquent surtout une direction dans laquelle se diriger. Par ailleurs, l’envie que les parents ont d’entrer dans la carte du monde de l’enfant va bien sûr être pour eux une source de motivation qui va les amener à réévaluer leurs stéréotypes et mieux accepter l’enfant tel qu’il est. Les modifications qu’ils apportent à leurs représentations élargiront leurs perceptions de la réalité, ce qui leur permettra de mieux y inclure leur enfant. Par après, quand ils auront totalement accepté leur enfant tel qu’il est, il faudra encore qu’ils acceptent son évolution.

J’ai le souvenir de cette dame qui, au vu des progrès de sa fille, me confiait qu’elle avait peur que « si elle changeait trop, ça ne soit plus elle »…

Filiatio#22-027

Curieux de connaître l’impact que peut représenter un enfant autiste dans les cas de séparation familiale, nous avons rencontré une avocate de la région liégeoise. Soucieuse qu’un client qui la lirait n’interprète mal ses propos et afin de s’exprimer plus librement, elle a préféré conserver l’anonymat.

« À une époque où n’importe quoi peut devenir un facteur de séparation, l’autisme n’en est qu’un parmi tant d’autres. L’autisme, au même titre que d’autres handicaps, pèse lourdement sur les séparations parentales. Il est souvent un facteur de rupture ou de surgissement d’un décalage au sein des couples. Pour plusieurs raisons: d’abord, tout le monde n’ayant pas des capacités d’acceptation illimitées, un enfant dit «différent» peut bouleverser un couple et briser les représentations qu’il se faisait d’une famille. La famille explose et les parents divorcent. Ensuite, lors de la procédure qui s’ensuit, l’organisation de la prise en charge d’un enfant autiste ou autre pose énormément de problèmes. Pour chaque parent, envisager son éducation sans l’appui de l’autre est très difficile – paradoxalement puisque c’est souvent le fait d’envisager l’éducation avec l’autre qui a été le motif de la séparation. Par ailleurs, il y a les frais que va occasionner cet enfant. Son suivi éducationnel et thérapeutique dépasse généralement les coûts d’un enfant élevé dans des conditions classiques. Il m’est arrivé de rencontrer des parents qui, pour les raisons précitées, préféraient se désister de leurs res- ponsabilités parentales plutôt que d’assumer leur enfant en solo. Dans ce type de cas de figure, je suis partagée entre mon rôle d’avocate qui consiste à défendre ce parent et ses enjeux et une part de moi-même qui me pousse à encourager mon client à ne pas renoncer à ses responsabilités parentales. Ce sont des situations extrêmement complexes pour tout le monde. Personnellement, je préfèrerais ne pas avoir à plaider dans de tels contextes de séparations parentales. »

Lire la suite du dossier réalisé par David Besschops: Autisme(s): Tous les petits princes sont-ils cannibales ?

Dossier paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

(1) http://www.funenbulleasbl.be/
(2) Voici la page française du Centre américain du Traitement de l’Autisme qui présente un résumé du programme Son-rise, fortement similaire à ce que propose Fun-en-Bulle. http://www.autismtreatmentcenter.org/contents/languages/french_version.php

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