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Van Gijseghem pour tous

filiatio21-def-005Lors de son dernier colloque, Hubert Van Gijseghem, invité non par Tchekhov mais par l’asbl La Mouette Belgique, a entrepris, au départ de la double question : « Maman ou papa ? Un enfant a-t-il besoin de ses deux parents ? » de brillamment identifier les fils biologiques et socioculturels qui relient un enfant à ses parents. En retraçant à grands traits l’histoire de la biparentalité à travers celle de l’humanité, il a reconstruit le cheminement et les nombreux obstacles rencontrés (et non encore tous surmontés) qui ont amené l’humain à concevoir l’importance et le rôle qu’avait à jouer le couple parental dans la vie d’un enfant. Si, comme il nous l’a rappelé, la mère a toujours été reconnue comme une figure essentielle pour l’enfant, le père est lui passé du stade de géniteur absent de la vie du rejeton à celui d’entité flottante vaguement proche de l’enfant pour en arriver à celui de « père justifiable ou non » qui prévaut dans certains cas en matière de parentalité aujourd’hui. Sans verser jamais dans l’excès ni pousser sa démonstration dans les retranchements d’un extrémisme sexiste ou de mauvais aloi, Van Gijseghem a prouvé comment la théorie de l’attachement maternel, qui méconsidéra longtemps la place à accorder au père, a pu être édifiée en niant jusqu’à l’existence de toutes thèses antagoniste. Sans que son discours ait pour objectif d’imposer mordicus l’inscription du père dans la parentalité après la séparation des parents, il nous a démontré au moyen d’un panel d’études scientifiques (que nous analyserons plus en détail prochainement) comment, à partir de six ou sept mois, un bébé à qui on en donne l’occasion peut s’attacher à plus d’une personne à la fois, indépendamment du sexe de ces personnes. Pour la rédaction de notre magasine qui se soucie d’égalité parentale, il nous a semblé logique de souligner l’hiatus existant entre les positionnements philosophiques de certains juges de notre époque, qui s’appuient encore souvent sur des savoirs d’obédience freudienne, obsolètes ou incomplets, et ceux de Van Gijseghem qui considère les parents comme « coauteurs de la structuration affective d’un bébé ». Un monde les sépare. Comment les rapprocher ? Le propos de Van Gijseghem, s’il est scientifiquement irréprochable, est évidemment à replacer dans le cadre large de l’égalité entre les genres mais on ne peut le blâmer de n’avoir su, en cinquante minutes à peine, aborder toute la complexité des relations humaines.

David Besschops

Article paru dans Filiatio #21 – novembre/décembre 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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